Une nécessité face à l'urgence sanitaire
La pandémie de Covid-19 a révélé l’urgence de repenser notre approche de la santé. Aujourd’hui, le concept de « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, est devenu central dans les débats, bien qu'il demeure parfois flou et sujet à confusion.
Les fondements du concept One Health
Ce concept a été formulé pour la première fois lors de la conférence « One World, One Health » en 2004, organisée par la Wildlife Conservation Society. Il repose sur l'idée que la santé humaine, animale et celle des écosystèmes sont étroitement interconnectées. Les principes de Manhattan, qui en sont issus, appellent à une approche intégrée pour prévenir les crises sanitaires, environnementales et sociales.
Un enjeu de préservation
La mise en œuvre efficace de One Health invite à repenser nos modes de production, de consommation et de gouvernance, avec pour objectif de préserver durablement les socioécosystèmes et les communautés qui en dépendent.
Des initiatives concrètes et scientifiques
Depuis plus de vingt ans, des initiatives scientifiques se multiplient pour appliquer concrètement l’approche « One Health ». Au Cirad, des recherches sur les maladies animales émergentes, les interfaces entre faune, élevage et humains, ainsi que sur les systèmes agricoles tropicaux, ont démontré les liens entre santé, biodiversité et gestion des territoires.
- En 2021, la coalition PREZODE a été créée pour mener des opérations de prévention basées sur l’approche One Health, intervenant en Afrique, Asie, Amérique latine et Caraïbes.
- En Guinée, des équipes ont observé l'impact des pratiques agricoles intensives sur la santé humaine et animale, favorisant la transmission de maladies zoonotiques.
- À Madagascar, une méthode de surveillance intégrée des risques sanitaires a été développée, combinant données vétérinaires, humaines et environnementales.
- Au Gabon, un système de surveillance communautaire a été instauré pour détecter rapidement les événements sanitaires suspects, en collaboration avec le Centre interdisciplinaire de recherche médicale de Franceville (CIRMF).
Vers une agroécologie intégrée
En Asie du Sud-Est, des actions agroécologiques articulent santé et gouvernance territoriale, visant à réduire les pressions sur les écosystèmes et à améliorer la résilience des systèmes alimentaires locaux.
Défis et obstacles à surmonter
Malgré l'intérêt croissant pour One Health, son application reste souvent floue. La fragmentation institutionnelle est un obstacle majeur, car les secteurs de la santé, de l’agriculture et de l’environnement ne communiquent pas suffisamment.
- Les projets One Health sont souvent financés à court terme et se concentrent principalement sur les zoonoses, ce qui renforce la confusion autour du concept.
- L'accès rapide et efficace aux données locales et nationales est essentiel pour la surveillance et la prévention des maladies zoonotiques.
- Les infrastructures de données doivent être partagées et adaptées pour développer des outils de modélisation prédictive pertinents.
Un besoin urgent de collaboration
Sans une collaboration efficace entre les secteurs, le risque est de voir se développer un « One Health washing », où des projets se revendiquent du concept sans véritable intégration. Il est crucial de clarifier les fondements et modalités d'application du One Health.
Le rôle des femmes et la nécessité d'une approche inclusive
En milieu rural, les femmes jouent un rôle essentiel dans l'alimentation et la gestion des ressources naturelles, mais elles restent souvent invisibles dans les politiques de santé publique. L'intégration de la dimension sociale et de genre est primordiale pour garantir des solutions inclusives et adaptées.
Investir dans la prévention
Le financement des initiatives One Health doit être perçu comme un investissement stratégique, non comme un coût. Les approches préventives, bien que moins spectaculaires que la gestion des crises, sont plus rentables et offrent des co-bénéfices significatifs : adaptation au changement climatique, protection de la biodiversité et amélioration de la qualité de l'alimentation.
Conclusion
Les travaux menés par le Cirad et l'initiative PREZODE montrent que des actions intégrées renforcent la santé, les moyens de subsistance et la résilience des territoires. Pour anticiper les crises, il est crucial de réformer nos systèmes en adoptant une approche One Health transformante, soutenue par un engagement politique durable et une coopération internationale.
Ces messages seront portés lors du Sommet One Health, prévu le 7 avril 2026 à Lyon, sous la présidence française du G7.
Par Marisa Peyre, épidémiologiste au Cirad et François Roger, vétérinaire et épidémiologiste au Cirad.






