Début d'une nouvelle ère pour le Health Data Hub
Six ans après sa création, le Health Data Hub est enfin prêt à franchir une étape significative vers un hébergement qualifié de souverain. Actuellement, cette immense base de données de santé, qui compile des informations provenant de divers systèmes d’information, est hébergée sur la plateforme Microsoft Azure. Ce choix a suscité de vives critiques, car il limite les fonctionnalités d'un outil conçu pour accélérer l'intelligence artificielle dans le secteur de la santé.
Une sélection de candidats pour l'hébergement
Selon les informations rapportées par le média L’Informé le 30 janvier dernier, l'État a établi une première sélection de candidats pour assurer l’hébergement des données. Cette décision intervient dans un contexte géopolitique tendu, ravivant les inquiétudes quant à l'exposition aux lois américaines, dont le CLOUD Act. Cette législation permet aux autorités de surveillance d'accéder, sous certaines conditions, aux données hébergées par des fournisseurs soumis à la juridiction américaine, peu importe leur localisation dans le monde.
Un marché intercalaire pour une solution transitoire
L'appel d'offres en question ne vise pas une migration totale du Health Data Hub hors de Microsoft Azure. Il s'agit d'un marché dit “intercalaire”, d'une valeur d'environ six millions d'euros, destiné à mettre en place une solution temporaire. Cette solution permettra de traiter une copie de la base de données sur une infrastructure certifiée SecNumCloud, un label décerné par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) aux offres cloud les plus sécurisées. Une migration complète est prévue pour une phase ultérieure.
Les candidats en lice
- Cloud Temple associé à Atos
- OVHcloud associé à Docaposte
- Orange Business avec son offre “Cloud Avenue”
- S3NS, le cloud co-développé par Thales et Google, récemment certifié SecNumCloud
Le duo Cloud Temple et Atos a confirmé cette information auprès de L’Usine Digitale. Ils ont déclaré : “En conjuguant l’infrastructure de Cloud Temple, qualifiée SecNumCloud par l’ANSSI et certifiée HDS (hébergeur de données de santé), avec le savoir-faire d’Atos en matière d’enjeux métiers du secteur de la santé, recherche et social, ce groupement répond directement aux impératifs de souveraineté sanitaire soulevés depuis la création du HDH”.
De son côté, OVHcloud a confirmé avoir répondu à l’appel d’offres avec Docaposte, la filiale numérique du groupe La Poste, tout en précisant qu'il ne souhaitait pas communiquer davantage sur une procédure en cours. En ce qui concerne S3NS, aucune confirmation ou infirmation n’a été donnée, et Orange Business n'a pas encore répondu à nos sollicitations.
Un choix contesté et des retards accumulés
L'Informé souligne que Scaleway, la filiale d'Iliad, a explicitement renoncé à candidater, préférant attendre un futur marché “réellement souverain” et orienté vers le cloud européen. L'histoire du Health Data Hub est également marquée par un calendrier constamment repoussé. Dès 2020, Olivier Véran, alors ministre de la Santé, avait promis une migration hors d'Azure sous deux ans. En 2022, la feuille de route a été repoussée à 2025, et en juillet de cette année, un nouveau glissement a officiellement acté le retour à une solution transitoire, confirmant ainsi l'impossibilité technique d'une migration immédiate.
Un échec économique majeur
Le Health Data Hub est également entaché par un échec économique significatif. Selon un rapport de la Cour des comptes sur le Fonds de transformation de l’action publique (FTAP), les économies escomptées se sont effondrées : le retour sur investissement, initialement estimé à 54 millions d'euros, a été révisé à seulement 500 000 euros, soit une division par 108. La Cour souligne une surestimation initiale des gains, un périmètre progressivement restreint et des hypothèses jugées “très peu crédibles”.
Elle lie directement ce décrochage aux oppositions suscitées par le choix de Microsoft Azure, qui ont entraîné des contentieux, des retards et des blocages, rendant inévitable le lancement d’un appel d’offres pour une solution intercalaire conforme à SecNumCloud.
Conclusion
Le Health Data Hub représente un enjeu crucial pour la gestion des données de santé en France. Alors que l'État cherche à garantir la souveraineté des données de santé des Français, la sélection des candidats pour un hébergement alternatif soulève encore de nombreuses questions. Reste à voir qui prendra finalement les rênes de cette infrastructure vitale.






